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mercredi 2 mars 2016

La dame dans l'auto avec des lunettes et un fusil

  

C'est en 1966 que Sébastien Japrisot écrit cet extraordinaire polar, La dame dans l'auto avec des lunettes et un fusil, qui a fait l'objet de deux adaptations cinématographiques: la première d'Anatole Litvak (1970) en collaboration avec l'auteur (musique de Michel Legrand, interprétée par Petula Clark), objet introuvable et, plus récemment de Joann Sfar (2015), qui sembla avoir été un bide retentissant. J'aimerais beaucoup voir la version de Litvak, étant donné que le livre baigne dans une délicieuse atmosphère sixties. Les polars de cette époque sont bien plus intéressants, étant donné toutes les entraves qu'on ne connaît plus aujourd'hui. Les personnages doivent trouver des cabines téléphoniques et il ne suffit pas de faire une recherche Google pour retrouver l'assassin.

L'histoire démarre un peu comme Psycho de Hitchcock: une jeune secrétaire se voit confier la belle voiture de son patron (une forte somme d'argent liquide dans Psycho) et décide de garder la voiture pendant l'absence de son patron, se disant qu'il n'y verrait que du feu. À partir de là, les événements dérapent et la jeune narratrice se demande, pendant tout le roman, si elle n'est pas en train de devenir folle. Le lecteur se fait délicieusement mener en bateau, lui non plus ne sait jamais si c'est du lard ou du cochon. Les événements semblent cohérents et, en même temps, parfaitement invraisemblables.

Mais ce qu'il y a de plus amusant, c'est le voyage dans le temps que nous offre ce roman. "Je n'ai jamais vu la mer". La phrase d'ouverture place déjà le décor. De nos jours, plus personne ne dit ça, ce rêve devenu possible grâce aux congés payés: des vacances à la plage. De nos jours, tous les gamins sont déjà allés en Thaïlande ou au Brésil, ou à tout le moins, en Grèce ou aux Îles Canaries. Ensuite, la jeune secrétaire - aujourd'hui, elle serait assistante - tape à la machine. Attention! Avec une IBM électrique! Les jeunes, qui tweetent avec leurs pouces opposables, savent-ils seulement ce que ça veut dire? Il n'est toutefois pas question de copies carbone, que j'ai encore connues, avec le petit pinceau de TippEx, mais qui sait encore ce que signifie "Cc" dans nos mails quotidiens?


Comble de la modernité, les collègues ont des "transistors made-in-Japan avec magnétophone incorporé, on peut piquer tous les trucs d'Europe 1 en même temps que ça passe". Moi aussi, quand j'étais jeune, j'avais un cassettophone, la qualité des enregistrements n'était pas top, mais on ne connaissait pas iTunes à l'époque. Et encore, je n'ai pas fait la transition vers Spotify ou Deezer. Les collègues masculins vont en Yougoslavie, parce que là-bas, "pour cinq voltaires par jour, on vit comme un nabab sur des plages à couper le souffle". Cinq voltaires = 50 francs français, attention: des nouveau francs! Le roman ayant été écrit en 1966, ça équivalait à 50 francs suisses.


Des diapositives couleur, des Agfacolor; le téléphone qui est mis aux abonnés absents; deux pièces de vingt centimes dans le compteur automatique du parking; une Caravelle de Swissair (ah! Swissair!); un beau brun au sourire Gibbs; la station service où on vous fait le plein et où on vous nettoie votre pare-brise; une radiophoto ....? Une radiographie, sans doute; un gamin de treize ans, coiffé comme les Beatles; Alain Barrière chante à travers des sonneries de billard électrique; elle cherche un disque de Bécaud sur le cadran de la boîte à musique (juke-box?); dans un bureau de poste, une rangée d'annuaires des départements; un numéro de téléphone 2-20 ou encore Colbert 09.10, qu'on demande à la standardiste; étant en province, il faut attendre pour avoir Paris au bout du fil, attendre même une heure pour atteindre Genève; les standardistes qui écoutent les conversations; des camions Somua ou Berliet; une tante qui était yéyé; chercher à atteindre la frontière italienne ou espagnole pour échapper à la police (elle est bien bonne, celle-là!); une 2CV; l'aéroport des Invalides (je paie un cornet de frites à celui/celle qui a connu ça); des négatifs et une planche contact; quelqu'un qui ressemble à Gary Cooper; une enveloppe de salaire; un trousseau de jeune fille brodé à l'orphelinat. Il ne manque plus qu'un flipper, un vélosolex, un scopitone...



La dame s'appelle Danielle Longo, l'auto est une Thunderbird, le fusil, une Winchester à répétition, de calibre 7.62, à canon rayé. Quant aux lunettes, elles n'étaient pas de marque en ce temps-là.

Parlant de Genève, l'auteur écrit ceci: "Je n'ai jamais vu Genève, mais je présume qu'il doit y avoir, au moins pour les Caravaille [son patron] et ceux qui leur ressemblent, des hôtels ouatés, de grandes terrasses ouvertes sur la lune et la douceur mélancolique des violons, des journées lumineuses et des soirées illuminées, enfin des heures comme je n'en connaîtrai jamais, et pas seulement parce qu'elles sont payables en francs lourds ou en dollars."

Sébastien Japrisot, Jean-Baptiste Rossi de son vrai nom, est mort en 2003, à 71 ans. Il laisse derrière lui une œuvre prolifique qui a souvent inspiré le cinéma, comme par exemple L'été meurtrier ou Un long dimanche de fiançailles. Il a remporté de nombreux prix littéraires et à traduit Catcher in the Rye de Salinger.

L'été meurtrier - Adjani & Souchon

mardi 9 février 2016

Multitasking : Interpreters do it Simultaneously





"Mais comment faites-vous?" C’est l’éternelle question que l’on adresse aux interprètes. En effet, il semble tout à fait surhumain, voire magique d’être capable d’écouter une langue étrangère et d’en parler une autre (généralement sa langue maternelle) en même temps. Mais voilà. De nos jours, les interprètes font bien plus que cela. Ils lisent aussi des textes, qui ne correspondent pas forcément à ce qu’ils entendent dans leurs écouteurs. Et en plus, ils manipulent leur ordinateur ou leur tablette à la Recherche du Discours Perdu… et parfois retrouvé.

Les délégués lisent quasiment tous leur intervention. L’expression orale est en voie de disparition, car trop spontanée. C’est trop risqué. Le message doit être parfaitement contrôlé, encadré, à l’abri du moindre lapsus ou dérapage. Et pourtant, on laisse les interprètes se débrouiller pour traduire oralement des discours extrêmement écrits, où chaque mot a été soigneusement pesé et scruté avant d’être couché noir sur blanc. 

…. notes that the Government has repealed the Essential National Industries Decree in July this year, has agreed to reinstate mechanisms for managing employment grievances which had been discontinued by the Decree, has agreed to restore the check off facilities and arrangements for the deduction of union dues, and has agreed to refer to the Committee of Arbitration the current legislative definition and breadth of what should constitute an essential industry ….


Pourtant, les organisations qui ont recours à des interprètes commencent à se rendre compte à quel point il est absurde de faire se déplacer des participants venus des cinq continents, parmi lesquels il y a parfois des ambassadeurs et des ministres, pour leur faire écouter les bribes que les interprètes arrivent à attraper. Car les discours sont non seulement lus, mais ils sont lus vite, et même très vite parfois.

C’est pourquoi différents systèmes ont été mis au point pour éviter qu’on ne doive regarder le délégué lire l’écran de son iPad. La communication véritable, c’est quand le délégué partage son texte avec ses truchements, car c’est ainsi que son message passera le mieux. Et de nos jours, avec la WiFi, rien de plus facile!

A l’heure actuelle, il existe deux systèmes qu’on pourrait qualifier de Push ou Pull. Soit l’interprète va consulter un site sur lequel il aura quelque chance de trouver un discours qui lui soit utile (Pull), soit il les reçoit par dans sa messagerie électronique (Push). Pour cela, il doit:
  • Dévérouiller l'écran de son iPad ou de son ordinateur
  • Faire ou refaire le log-in pour accéder au réseau WiFi, pour la 23ème fois de la journée
  • Aller sur le site de l’organisation/de la conférence pour laquelle il travaille
  • Ensuite, il n’y a plus qu’à chercher le bon discours parmi les 52 discours qui sont arrivés au cours des dernières 12 heures
Tout en continuant à interpréter et tout en manipulant son ordinateur/tablette pour l'empêcher de se mettre en veille. 

The report also points out that each aspect of the Action Plan has been addressed. We understand that some challenges remain, particularly in terms of awareness raising and the behavioural change needed in the public. However, we believe that progress can be sustained and the ultimate objective of total elimination of FGM can be best achieved by adopting a much broader and comprehensive approach that focuses on increasing opportunities for the empowerment of women and girls, promoting rapid rural development and addressing socio-economic factors such as poverty.

Bien souvent, les discours sont envoyés au moment où ils sont prononcés. Parfois, ils sont envoyés après avoir été prononcés, ce qui signifie qu’ils viennent s’ajouter à la masse des discours reçus, sans pour autant servir à quoi que ce soit. En effet, le discours déjà prononcé n’a aucun intérêt pour les interprètes, car – c’est un scoop – nous ne les lisons pas une fois notre journée de travail terminée.

Parmi les discours que nous recevons, il y a ceux de la veille, ceux qui sont dans des langues que l’interprète n’a pas, il y a ceux qui ont été modifiés depuis et il y a ceux qui atterissent parmi les spams et qu’on retrouve une semaine trop tard. Dans le tas, il y a aussi des invitations à rejoindre un parfait inconnu sur LinkedIn.

With the Millenium Action agenda we have already committed to develop and operationalize a global strategy for vocational training in developing countries. In this regard, we recommend the Organization for drawing a well-balanced strike among various dimensions of its work programme for capacity building while approaching SDGs. We believe there is more to offer in our efforts towards achieving these goals with particular focus to productive employment for young people. 
Mais voilà que notre gobelet à eau est vide! Il faut sortir de cabine et faire 50 ou 100 mètres dans le corridor jusqu’à la fontaine. Au retour, il faut dévérouiller son écran, refaire son log-in…. (voir ci-dessus).

Une chose est certaine: les textes des interventions devraient absolument être classés par séance, c-à-d qu’on sache exactement à quelle réunion ils correspondent et être libellés en conséquence. Si la mention sous «Objet» se contente de dire «Intervención de Guatemala» ou «PPP» ou encore «Réfugiés» alors que le texte est en anglais, on perd un temps et une énergie folle. On ouvre le mail pour constater que le discours correspond au point 11 qui sera traité demain (par une autre équipe) ou qu’il s’agissait du point 5, qui a déjà été examiné. Etant donné que nous ne connaissons notre programme qu’une demi-journée à l’avance, il est impossible de savoir quels sont les discours qui risquent éventuellement de nous concerner.

Lorsqu’il y a deux pièces jointes dans un même mail intitulé « Speeches for tomorrow », c’est parfaitement ingérable. Si les cinq pièces jointes concernent cinq séances différentes, autant laisser tomber. Ou alors, il faudrait essayer d’organiser les textes dans différents dossiers, dans l’espoir de les retrouver quand on en aura besoin. Sachant qu’il y a plusieurs équipes qui travaillent par rotation et que, sur le volume global, chaque interprète n’utilisera, à vue de nez, que 10% des discours reçus.

Il arrive aussi que les délégués ou le secrétariat de la conférence ne retrouvent plus le Power Point dont ils ont besoin, parmi les 15 exposés qui s’affichent sur leur écran.

Specifically, we have conducted a needs assessment survey for proper employment, surveys related to expansion of unemployment insurance and other aspects of the social security system, and surveys related to vocational training. We are also planning to continue to provide various types of technical assistance.

Dans ce métier, il faut non seulement bien connaître ses langues, mais il est absolument essentiel de maîtriser l’informatique et de bien savoir naviguer sur internet. Les documents des conférences nous arrivent de plus en plus souvent sous forme de liens et nous devons nous préparer sur nos écrans, sans possibilité de faire des annotations. Un PDF de 50 pages est parfaitement décourageant, tout comme le sont quinze liens vers une pléthore d’information, qu’il faudrait consulter en plusieurs langues. Mettre deux versions linguistiques en parallèle sur un écran est souvent difficile. A moins d’avoir deux ordinateurs, évidemment.

A mes débuts dans la profession, il n’y avait pas encore internet et tout était beaucoup plus lent. Plus concret, aussi. A l’arrivée des nouvelles technologies, les collègues dans la quarantaine et plus étaient très inquiets et déstabilisés, mais tout le monde a bien dû s’y mettre (il y a bien quelques vétérans qui résistent encore….). De nos jours, tout passe par internet : notre programme de travail, nos contrats, les demandes d’avances et de rétribution, les disponibilités, selon les organisations. On y trouve souvent aussi des glossaires et toutes sortes d’informations pratiques ou administratives (niveau de sécurité, accès aux bâtiments, renouvellement des badges etc.)

Il arrivait autrefois que le délégué vienne nous voir en cabine en brandissant une clé USB (cinq minutes avant de faire son exposé sur son étude en psychiatrie clinique). C’était le bon vieux temps… maintenant, tout passe par le Cloud, Dropbox, un groupe Google ou encore l'appli Teamwork ou e-room, dont les interprètes sont bien sûr exclus. Dans une organisation internationale à Genève, ce que prononce la cabine anglaise est sous-titré automatiquement. D’ici que je prenne ma retraite, ce seront sans doute ce genre de logiciels qui traduiront les textes des délégués. Et finalement, tout le monde pourra rester chez lui, la communication se faisant toute seule par robots interposés. La couche d’ozone vous dira merci !



Paru sur aiic.net: ICI


Fast talking MEP's drive interpreters crazy

Why Fast-Talking MEP's are not just Bad News for Interpreters

Some of my best friends are interpreters
"European Parliament procedures bring some interesting challenges however, and a key one is that when you have limited speaking time ... people, rather predictably, try to maximise it and carefully write speeches to get as much into their 1 or 2 allotted minutes. As a result, what people are confronted with is not so much a minute of spoken language, but a minute of densely packed written language, read out."

lundi 25 janvier 2016

Visiter Neuschwanstein


C'est l'un des monuments les plus visités au monde, au même titre que la Tour Eiffel ou le Taj Mahal: l'un des châteaux de Louis II de Bavière, situé tout au sud de l'Allemagne, comme le sont aussi Linderhof et Herrenchiemsee, deux autres résidences royales.

On dit de Louis II qu'il était fou et, quand on voit les châteaux qu'il s'est fait construire, il y a de quoi. En réalité, il était très solitaire et vivait en reclus, au milieu de dorures délirantes (Linderhof ) ou dans un monde de mythes de contes médiévaux (Neuschwanstein), car il était né à la mauvaise époque et dans la mauvaise famille. Il est devenu roi à 19 ans, mais ne s'intéressait ni à la guerre, ni à la politique ni à la finance. Il aimait la musique, les arts et les lettres et voulait s'échapper dans un monde de rêves et de fantaisie. Il a repoussé la date de ses fiançailles à plusieurs reprises et ne s'est finalement jamais marié. Il était très probablement gay, ce qui, pour le roi catholique d'une province encore aujourd'hui très conservatrice était tout simplement impensable. Ne restait donc que la fuite.
Linderhof
Lorsque Louis II a demandé une rallonge budgétaire pour son château, le parlement a estimé que la plaisanterie avait suffisamment duré (monarchie parlementaire) et l'a démis de son trône. Il a été exilé au château de Berg et quelques jours plus tard, on l'a retrouvé noyé, avec son psy, dans un lac de Starnberg. Sa mort n'a jamais été élucidée: accident, meurtre, suicide … (en compagnie de son psy?). Sept semaines après sa mort, Neuschwanstein ouvrait déjà ses portes aux premiers visiteurs. Ce château a coûté une fortune à bâtir, son entretien est évidemment ruineux, mais il est également devenu une attraction majeure qui rembourse amplement ses frais.
La salle du trône
Un tel endroit ne se visite évidemment pas "en touriste". J'ai eu la bonne idée d'y aller par une froide journée de janvier et nous étions quasiment tout seuls. Choisir d'y aller en voyage organisé en autocar était également une bonne idée, car l'accès au château est réglé comme du papier à musique, avec des créneaux horaires bien précis.

Le château est situé au sud-ouest de Munich, près de Füssen, accessible en train. De là, il faudrait prendre un bus pour Hohenschwangau, une petite localité composée uniquement de boutiques pour touristes, de restaurants et d'hôtels. Il est possible de réserver son heure de visite par internet, mais les billets s'achètent sur place. Il faut ensuite monter la côte, soit à pied (20 minutes), soit en bus navette (ne circule pas en cas de neige ou de verglas), soit en carriole à chevaux. Inutile de dire que s'il y a la foule, ce qui est le cas 360 jours par an, il faut bien planifier son temps, car un créneau horaire manqué ne se rattrape pas. Il est donc fortement recommandé de choisir l'autocar, même si l'excursion dure toute la journée (10 heures). La visite du château, quant à elle, dure environ 30 minutes. Il faut faire de la place pour le groupe suivant!



Contrairement à Linderhof, qui croule sous les dorures, les miroirs et les bougies et qui est un hommage à Louis XIV, Neuschwanstein est une construction wagnérienne, d'atmosphère médiévale. Louis II était un fan absolu de Wagner, il en était également le mécène. Les murs sont décorés de fresques représentant des troubadours, des chevaliers, des scènes de Tristan et Iseult ou encore Lohengrin ou Parsifal. La salle du trône - qui n'accueillait jamais personne - semble venir tout droit de Constantinople. La salle des chanteurs imite et reprend celle du château de Wartburg et pourrait servir de décor à Tannhäuser. Un corridor vous plonge dans une grotte avec stalactites et éclairages en couleur. L'énorme paradoxe de cette folie des grandeurs est que Louis II était farouche, misanthrope et solitaire. Personne n'était jamais convié ni à Linderhof ni à Neuschwanstein. Le roi préférait s'isoler en ermite dans son univers de mages et de fées. Il dormait le jour et lisait la nuit entouré de bougies dont les flammes étaient démultipliées à l'infini par d'immenses miroirs. Le cygne était son animal préféré (Lohengrin), d'où le nom du château, qui signifie littéralement "le nouveau rocher du cygne", bâti sur les ruines de deux précédentes constructions.

La salle des chanteurs
Le roi était sans doute fou, mais il était aussi très moderne. Ses châteaux disposaient de l'eau courante et d'un précurseur du chauffage central, un système de soufflerie d'air chaud. Ça ne l'empêchait pas d'avoir de magnifiques cheminées recouvertes de lapis-lazuli importé d'Afghanistan. Il avait aussi l'électricité, qui lui servait surtout à éclairer des grottes artificielles et à animer des mises en scène rappelant l’univers wagnérien. Ses magnifiques carrosses étaient équipés de phares électriques. Quant à avoir un psy…. la profession venait d'être inventée (Freud est né huit ans avant le roi).

Le château de Neuschwanstein est certes connu, mais sa copie l’est encore plus. En effet, Walt Disney s’en est lourdement inspiré pour son château de contes de fées, qui est une fusion hybride de plusieurs constructions royales mégalomaniaques. Louis II aurait certainement adoré visiter Disneyland. Décidément, il est vraiment né à la mauvaise époque.



jeudi 3 septembre 2015

Restaurant from Hell

Faulty Towers

Aller manger au restaurant devrait être un moment de plaisir, où on se laisse chouchouter et où on se régale de bonnes choses. Ça paraît tout simple, mais réussir une visite au bistrot n’est pas toujours chose aisée.

Tout d’abord, on ne peut pas toujours choisir sa place. J’ai assisté à un ballet surréaliste sur une terrasse à Strasbourg, par une belle journée ensoleillée. Le patron, qui travaillait sans doute autrefois dans une cantine de pensionnat, disait à tous les clients où ils devaient s'asseoir sur sa terrasse: surtout pas à deux tables de quatre personnes, qu’il gardait religieusement pour un hypothétique groupe. Arrivent sept Italiens, qui ont le droit de s'y asseoir. Mais c’était le moment où tout le monde demandait l’addition et le patron garde-chiourme a tant tardé à prendre leur commande qu'ils sont partis. Voilà la pause déjeuner qui se termine et huit belles places en terrasse sont restées vides et interdites aux clients qui ne venaient qu'à deux ou trois (ou pire: seuls !)


Ensuite, les restaurants disco, avec une musique boum-boum, imposée, à plein volume. On y trouve en général des écrans télé sur chaque mur, passant le Top 50, mais qui ne correspond pas à ce qu’on entend. Ou alors le Tour de France ou Roland Garros. Peu importe, personne ne regarde de toute façon.

On retrouve ce même phénomène quand on prend son petit-déjeuner à l'hôtel: la radio est obligatoire, avec l’étape du jour du Tour de France ou l'état des bouchons sur les routes. Avec un peu de chance, la radio est mal réglée et on ne distingue que quelques mots parmi la friture. Même si on voulait suivre les infos, on n'y arrive pas. La radio sert à faire du bruit et rien d'autre. Et si vous avez l’audace de demander qu’on l’éteigne, on vous regardera comme si vous vous étiez échappé de l’asile.

L’enfer des terrasses: des fumeurs à la table d'à-côté. Qui fument entre tous les plats. Qui fument le cigare. Heureusement, plus personne ne fume la pipe. Mais le cigare suffit à vous faire manger à l’intérieur, voire carrément ailleurs.

Si je vois une tablée de gamins, je vais m’installer à l’autre bout de la salle. Car bien souvent, ils hurlent, pleurent, réclament de l’attention et les parents les laissent faire. Dans un passé pas si lointain, les enfants étaient les derniers servis et mangeaient ce qui restait dans les plats. Ils étaient assis à une table à part, parfois même dans une autre salle, voire à la cave. Children should be seen, not heard. C'était le bon vieux temps, on y reviendra peut-être. La génération qui a grandi comme nombril du monde ne tolérera pas les enfants insupportables.

Vient ensuite le dilemme du menu contraint: on ne peut bien sûr pas panacher les menus, mais bien souvent, on ne peut pas renoncer à l'entrée, si c'est quelque chose que vous n'arrivez pas à avaler (comme de l’andouillette), même en promettant de payer le menu au même prix. Après une terrine, même petite, d'andouillette, on n'a tout simplement plus faim. Alors on réceptionne l'entrée, on la touille un peu pour faire plaisir au cuisinier et on attend d'être débarrassé. Tant pis pour la faim dans le monde. On ne peut sans doute pas non plus renoncer au dessert, même si on est au régime ou si on est diabétique. Heureusement, de plus en plus de restaurants offrent l'option entrée+plat ou plat+dessert.


Vous aimeriez remplacer le gratin dauphinois par du riz - il y en a avec d'autres plats inscrits sur la carte - mais ce n'est pas possible. Le suprême de poulet sera servi avec du gratin dauphinois, un point, c’est tout! C'est comme ça, sinon c'est l'anarchie!

En France, les restaurants ne proposent que de la viande, de la volaille ou du poisson. Si vous êtes végétarien, passez votre chemin. Idem si vous êtes intolérant au gluten ou au lactose. Les salades contiennent toutes des lardons ou du bacon, ainsi que du fromage.

En voyage dans le Sud-ouest, au sens large, c-à-d tout le quart de la France où les numéros de téléphone commencent par 05, le choix est sérieusement limité au foie gras, aux gésiers et au magret, sous toutes ses formes. Manger de l'oie ou du canard matin, midi et soir finit par être un peu lassant. Vous ne trouverez jamais de choucroute au pays basque ou sur la Côte d'Azur, pour ça, il faut aller en Alsace. On ne trouve pas non plus de couscous, mais c'est sans doute trop connoté.

En France, ce n’est que dans les grandes villes qu'on trouve autre chose que le traditionnel viande-patates. Si vous avez envie de manger thaï ou italien (autre que des pizzas), changez de pays ou allez à Paris ou à Lyon.

Parfois, le service est hyper-lent: il faut attendre 30 minutes avant qu'on ne vous remarque et qu'on vous apporte la carte. Encore 30 minutes pour qu'on passe prendre la commande. Vous demandez des côtelettes d'agneau.... Ah ben, c'est dommage, il n'y en a plus, vous avez trop tardé. Si vous allez seul au restaurant, il ne faut surtout pas lire, car on vous oubliera complètement. Vous pourrez finir Guerre et Paix en toute tranquillité.

de la polenta!
A propos de manger seul au restaurant: on viendra vous retirer votre assiette alors que vous êtes encore en train de mastiquer votre dernière bouchée. Vous occupez deux places et on est pressé de rentabiliser la table.

Venons-en aux plats proprement dits: trop salé, trop cuit, sorti du congélateur puis du micro-ondes. La crêpe froide, donc industrielle, qu'on a oublié de mettre au micro-ondes, nappée d'une sauce chocolat en flacon; les rondelles de bananes sont fraîches, mais uniquement parce la banane refuse de se laisser mettre en boîte ou en tube. Vous commandez des penne au pesto et on vous les apporte carbonara. Les légumes alibi, qui ne servent qu'à décorer l'assiette. En effet, la vraie nourriture, ce sont la viande et les patates.

Les restaurant chics et guindés sont censés être ce qu’il y a de mieux. En ce qui me concerne, trop de cérémonie me coupe l’appétit. Vous aimeriez un peu plus de vin, mais vous devez attendre que le loufiat daigne venir vous servir. S'il est occupé ou qu'il vous oublié, vous n'aurez pas de vin, un point c'est tout.

Downton Abbey
Évidemment, certains restaurants ont tout juste, ce sont ceux qui font tout l'inverse: On respectera votre désir de vous asseoir à-côté de la fenêtre ou sur la terrasse, on n'insistera pas pour que vous preniez un apéritif, on vous apportera la carte assez rapidement.
Si vous mangez seul, on vous laissera tranquille quelques instants à la fin de votre repas.
On vous permettra de choisir un accompagnement qui ne soit pas à base de pommes de terre (vapeur, duchesse, robe des champs, purée, frites, gratin dauphinois). Parmi les desserts, il y en aura quelques uns qui ne sont pas les sempiternels glace, flan, moelleux au chocolat. Les dessert maison, originaux, sont très rares. C'est sans doute difficile à gérer d'un point de vue économique. Le restaurant sympa est celui qui accepte les chiens et où on leur offre spontanément un bol d'eau.

Le festin de Babette
Tous les exemples de service psycho-rigide sont des cas vrais et vécus en France. En Suisse ou ailleurs, on ne prend pas le service au restaurant autant au sérieux. En Suisse allemande, il y a toujours une ou plusieurs options végétariennes, j'ai même mangé un plat de chasse sans gibier: rien qu’avec les accompagnements - spätzle, airelles, châtaignes, poire cuite, chou rouge etc. - il y avait amplement de quoi se rassasier. Il est souvent possible de commander une demi-portion. En Finlande, il y a toujours plusieurs plats sans lactose ou sans gluten. C'est un fardeau lourd à porter que d'avoir la réputation d'être le parangon universel de la gastronomie.

L'aile ou la cuisse

Pour ceux qui voudraient dîner comme à Faulty Towers: ICI


vendredi 24 juillet 2015

Qui a tué le petit commerce ?



De tous temps, j’ai plutôt eu une bonne opinion des syndicats, même s’ils sont à l’origine de grèves qui emmerdent tout le monde. Il m’arrive même de travailler pour les fédérations syndicales internationales, qui prennent la défense de travailleurs vulnérables qui sont au service de grandes multinationales, considérées, de façon pavlovienne, comme des monstres qui exploitent le prolétariat. Les syndicats sont des empêcheurs de tourner en rond, qui, comme toute forme d’opposition, ont au moins le mérite de susciter le débat et de faire bouger les choses, dans le bon sens, peut-on espérer. 

Mais voilà. Il arrive aussi que le syndicalisme se trompe de cible, en prenant aveuglément la défense du pauvre travailleur vis-à-vis du vil employeur, qui est, forcément, une créature dickensienne qui fouette sa main-d’œuvre pour la faire travailler plus dur, tout en la privant de sa dignité d’être humain. Pourtant, combien de fois n’ai-je entendu dire, en conférence, que les PME sont les principales créatrices d’emploi? En effet, sans odieux employeur capitaliste, pas de travail non plus et, par conséquent, pas de revenus pour les gentils travailleurs victimes de la cupidité de leur patron.



Par ailleurs, les jeunes d’aujourd’hui n’ont pas appris à gérer leurs émotions ni leurs frustrations. Tout leur est dû, sur un plateau d’argent, s’il vous plaît, et à la première contrariété, ils explosent, provoquant une avalanche, doublée d’un tsunami. Ils ne discutent pas, ils attaquent. Certains partent même faire le djihad, tellement ils ont la haine. Ils n’ont aucune idée des réalités du monde du travail: il faut se lever tôt, tous les jours, il faut arriver à l’heure et non, on ne peut pas prendre de pauses à tout bout de champ. Et puis, il faudrait travailler aussi.... mais bof.... c’est trop ennuyeux et puis, c’est fatiguant. 


Alors quand ils se font licencier parce qu’ils ne fichent rien et ignorent les instructions de leur employeur, ils s’estiment victimes de la plus grande des injustices. Ils sont incapables de se demander si leur licenciement pourrait, éventuellement, être la conséquence de leur attitude au boulot et de faire le lien entre la cause et l’effet. Et, au lieu d’en parler, au lieu de discuter ou de dialoguer, ils vont pleurer dans le giron du syndicat, qui volera immédiatement au secours de ces pauvres chous sans défense, sans douter un seul instant de leurs dires, ni vérifier si leurs accusations sont fondées.

C’est ainsi qu’un tout petit patron, qui a de la peine à survivre face aux loyers qui explosent et face à la concurrence féroce du e-commerce, reçoit, début décembre pour des faits remontant à la deuxième moitié du mois de novembre, un courrier comminatoire l’accusant de «faits pénalement répréhensibles» et le sommant de se présenter à une séance de conciliation, avec ordre de donner réponse dans les trois jours. Le syndicat refuse de se rendre compte que le petit patron devra fermer boutique pour répondre à ces injonctions, étant donné qu’il ne peut pas s’absenter de son poste, contrairement à bon nombre de salariés et contrairement au secrétaire syndical, dont c’est le boulot.



Lors de la séance de conciliation, on comprendra rapidement que «les faits pénalement répréhensibles» ne sont que le fruit de l’incompréhension des quatre jeunes (de 19 à 27 ans) qui attaquent celui qui était leur ami encore quelques jours plus tôt. Ils accusaient leur patron de ne pas payer leurs charges sociales, croyant sans doute que ces charges sociales viendraient s’ajouter à leur salaire. Cela a permis de découvrir que l’un d’entre eux, qui pleurait à chaudes larmes parce que son patron ne respectait pas une loi dont celui-ci ignorait l’existence, était plutôt en situation indélicate lui-même – mais nous ne nous étendrons pas sur le sujet.

Le patron sera alors le seul à se faire remonter les bretelles et il fera ce qu’il faut pour se mettre en règle. En effet, il ignorait que la Convention collective de travail (CCT) pour le secteur de la vente de détail, négocié entre les syndicats et les mastodontes du commerce de détail (Migros, Globus et consorts), s’applique exactement de la même manière aux petits commerces de quartier. Personne ne l’en a informé, mais nul n’est censé ignorer la loi. Le citoyen lambda qui essaiera de se renseigner découvrira qu’un arrêté d’extension est entré en vigueur le 1er octobre 2014, mais ça signifie que la CCT s’appliquait à tous les commerces déjà bien avant cette date. Logique et parfaitement clair. 



La CCT impose un salaire minimum obligatoire, pourtant refusé en votation populaire au printemps 2014, précisément parce que cela allait pousser les petits exploitants et les petites entreprises à la faillite. La CCT augmente ce salaire minimum chaque année, le but étant de parvenir à 4000,-/mois en 2018, auxquels il faut ajouter les charges sociales, qui augmentent proportionnellement. Autant dire que tous les petits commerces auront disparu d’ici-là, la tendance est déjà clairement visible.

Avec l’extension de la CCT, une Commission paritaire syndicats-employeurs a été créée, dont le but est de surveiller les employeurs et les entreprises. Les travailleurs, quant à eux, sont forcément purs comme la blanche colombe qui vient de naître.

Du fait de cette même CCT qui a force de loi, il n’existe plus de petits boulots d’étudiants. Les gamins n’ayant aucune expérience du monde du travail doivent être rémunérés exactement de la même manière que des adultes responsables et mûrs. Faut-il dès lors s’étonner que personne ne souhaite les embaucher? Sachant, de plus, que ces jeunes enfants gâtés iront vous dénoncer au syndicat dès le moindre malentendu. On feint ensuite de s’étonner face au phénomène du chômage des jeunes. Evidemment qu’ils arrivent dans le monde professionnel sans avoir la moindre idée de quoi que ce soit, comment pourrait-il en aller autrement?   

A l’avenir, nous irons faire nos courses chez Migros, Manor et Interdiscount, sur amazon et eBay. Les grands magasins ont des pointeuses qui décomptent les arrivées tardives et les pauses cigarette, ils ont aussi des départements juridiques capables d’affronter le syndicat. Quant au e-commerce, fini les flâneries et les achats sur impulsion, les surprises qu’on découvre au hasard d’une vitrine. Finie l’animation dans les quartiers, les arcades seront remplacées par des bureaux ou par Starbucks & C°.

Et si d’aventure vous étiez tenté d’engager du personnel, soyez prudent ! Il est moins risqué de tuer quelqu’un en roulant bourré (l’ébriété étant considérée comme une circonstance atténuante) ou encore de dealer de la coke (il suffit de perdre ses papiers et on vous relâchera illico). Il est aussi recommandé d’engager un juriste et un comptable, afin de ne pas se tromper dans le calcul des charges sociales, des vacances, du 13ème mois, de la LPP et n’oubliez surtout pas l’assurance perte de gain en cas de maladie, sinon, vous vous ferez taper sur les doigts !



A noter que les kiosques ne sont pas tenus de l’appliquer, ce qui explique leur prolifération. Les accordeurs de piano non plus…




Un SMIC à 3300 euros, le point de vue français : ICI

Même Migros et Globus tirent la langue: ICI

Les Suisses disent non à 76% au salaire minimum : ICI
« Les milieux économiques, le gouvernement et les partis de centre et de droite ont au contraire fait valoir que ce salaire minimum, «le plus élevé du monde», n’aurait pas été supportable pour de nombreuses entreprises. Celles-ci auraient été contraintes de se restructurer, de délocaliser à l’étranger voire même de mettre la clé sous la porte. »

CQFD

Voir aussi: Une ville en voie de disparition


mardi 28 avril 2015

GUF: késaco?


Parmi toutes les organisations qui utilisent les services d’interprètes de conférence, les Fédérations syndicales internationales sont peu connues. Elles ont pourtant, elles aussi, négocié et conclu un accord régissant les conditions de travail des interprètes qui travaillent pour elles.
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L’Association internationale des interprètes de conférence (AIIC) rassemble des interprètes du monde entier, qui travaillent sur différents marchés et principalement dans deux secteurs: le secteur non-conventionné - qui connaît différentes dénominations, telles que marché privé ou PRIMS, dans notre jargon - d’une part et le secteur conventionné d’autre part.

Comme son nom l’indique, le secteur conventionné englobe tous les engagements professionnels qui se font dans le cadre d’un accord négocié entre les interprètes (l’AIIC) et l’organisation qui les emploie. Sur le marché du travail, on appelle cela généralement une convention collective. En échange d’un certain volume de travail et d’une certaine fidélité (parfois relative) de l’employeur vis-à-vis de ses prestataires linguistiques, ceux-ci s’engagent à travailler dans un cadre convenu lors de négociations. L’employeur, quant à lui, s’engage à respecter certaines conditions de travail, telles que la durée des séances ou les périodes de repos. Selon les secteurs (UE, GUF), l’employeur verse une contribution à la prévoyance vieillesse. La rémunération journalière est également définie. Ces accords ou conventions encadrent ainsi toutes les facettes et toutes les situations qui peuvent se poser lors d’une conférence avec interprétation simultanée.

Tout le monde connaît l’ONU ou l’UE comme débouché professionnel pour des interprètes. Il est toutefois un secteur mystérieux et peu connu, même au sein de l’AIIC, et qui porte un acronyme étrange: le secteur GUF. Alors késaco?

GUF est le sigle de Global Union Federation, qui se traduit en français par Fédérations syndicales internationales. De par leur nature internationale, ces grandes fédérations sont forcément appelées à se réunir en plusieurs langues et aux quatre coins du monde. Elles font donc régulièrement appel à des interprètes. La majorité des GUFs - ou FSI - ont leur siège à Genève ou à Bruxelles, où se déroulent la plupart de leurs réunions. Il leur arrive parfois de tenir une réunion régionale ou thématique dans un autre pays et, tous les quatre ou cinq ans, elles ont un congrès qui se tient sur l’un des cinq continents, généralement par rotation.



Les réunions et conférences des FSI se font généralement avec les grandes langues habituelles (en Europe): anglais, français, allemand, souvent l’espagnol, parfois l’italien. Les pays nordiques ayant une longue tradition syndicale et comptant parmi les principaux sponsors du mouvement syndical international ont souvent voix au chapitre et il n’est pas rare d’avoir de l’interprétation suédoise, soit active, c-à-d qu’il y a une cabine suédoise, soit passive, ce qui signifie que les délégués peuvent s’exprimer en suédois, mais doivent écouter une autre cabine lorsqu’ils ne comprennent pas les langues parlées. Il arrive ensuite souvent que, par exemple, la délégation turque ou hongroise ait son propre interprète, souvent un camarade syndicaliste, qui chuchote à côté de ses compatriotes et offre une interprétation en consécutive si celui-ci souhaitait s’exprimer dans sa langue.

Chaque fédération internationale est une organisation qui regroupe, à l’échelle mondiale, les confédérations syndicales nationales, ainsi que les syndicats des branches correspondantes. Ainsi, l’Internationale des Services Publics (PSI) aura comme organisations affiliées les syndicats représentant les fonctionnaires et agents de la fonction publique des différents pays du monde. L’Internationale des travailleurs du bâtiment et du bois (IBB) rassemble, comme son nom l’indique, les travailleurs de la foresterie et de la construction.


Certaines fédérations syndicales sont très puissantes, comme par exemple AFL-CIO aux Etats-Unis, dont les cinéphiles connaissent le logo, étant donné qu’il apparaît toujours à la fin des génériques des films américains. D’autres grandes confédérations qui ont rang d’interlocuteur dans le débat national sont, par exemple Ver.di ou encore IG-Metall en Allemagne. Ces grandes confédérations syndicales surveillent le monde du travail dans leur pays respectifs et lancent également de nombreux projets d’aide au développement (formation syndicale, aide à la création de syndicats, recrutement de membres etc....), surtout celles des pays du nord ou nordiques (LO-TCO en Suède, par exemple). La Fondation Friedrich Ebert est aussi souvent mentionnée dans les réunions où travaillent les interprètes. 

Les fédérations syndicales internationales suivantes sont celles qui ont conclu un accord avec les interprètes de conférence, représentés par leur association, l’AIIC :


·                    Internationale des travailleurs du bâtiment et du bois (IBB)
·                     Internationale de l’Education (IE)
·                     Fédération syndicale européenne des services publics (FSESP)
·                     Confédération syndicale internationale (CSI)
·                     Fédération internationale des syndicats de travailleurs de la chimie, de l'énergie, des mines        et des industries diverses ;  Fédération internationale des ouvriers de la métallurgie ; Fédération 
internationale des travailleurs du textile, de l'habillement et du cuir  [i]
·                     Union internationale des travailleurs de l’alimentation, de l’agriculture, de l’hôtellerie-restauration, du tabac et des branches connexes (UITA)
·                     Internationale des Services Publics (PSI)
·                    UNI Global Union


L’AIIC fonctionne, elle aussi, telle une GUF pour les membres qu’elle représente, étant donné qu’elle négocie les conditions de travail avec les grands employeurs que sont les organisations internationales, l’Union européenne et d’autres. L’AIIC ne chapeaute cependant pas de syndicats nationaux d’interprètes, qui n’existent pas, mais plutôt des régions et des secteurs. Il n’a jamais été possible de faire de l’AIIC un véritable syndicat, les collègues s’y opposant et la nature de la profession ne le permettant pas (trop grande variété de circonstances, selon les continents, les clients/employeurs et le type de réunion).

Paru sur www.aiic.net

Louis Majorelle

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Voir aussi:
Historique et vue d’ensemble du mouvement syndical dans l’histoire et dans le monde.



[i] A noter que la FIOM (Fédération internationale des ouvriers de la métallurgie)  a englobé ICEM (chimie et mines) et ITGLWF (textiles, cuir, chaussures) pour former un nouveau mégasyndicat appelé IndustriALL Global Union. UNI est également le fruit d’une fusion entre la FIET (International Federation of Employees, Technicians and Managers), MEI (Media and Entertainment International), IGF (International Graphical Federation and CI (Communications International) et s’appelle Uni Global Union depuis 2009.